Les Lettres Persanes

Rameau-Montesquieu

Concert – lecture

Anne Magouët, soprano
Daphné Touchais, soprano
François-Nicolas Geslot, haute-contre
Bertrand Chuberre, baryton

La Simphonie du Marais (20 instrumentistes)

Hugo Reyne, direction

Avec la participation de Marcel Bozonnet.

L’Orient au XVIIIe siècle

Au début du XVIIIe siècle en Europe, l’Orient est à la mode. Le péril ottoman a été vaincu vingt ans plus tôt par les Viennois et les mauvais souvenirs s’estompent pour laisser place à une mythologie bariolée. L’Orient, à cette époque, devient presque une appellation générique qui recouvre toutes les cultures « exotiques ». Une vision optimiste dominante regarde l’Orient, l’Asie et l’Amérique comme des terres inconnues et fascinantes où règnent la galanterie, et donc l’amour. En 1721, lorsque paraissent à Amsterdam, les Lettres Persanes, sous la plume d’un auteur qui ne dévoile pas encore son nom, l’Orient est le prétexte et le contexte d’une satire sociale. En France, Rameau, en 1735, poursuit sur la lancée de l’exotisme à la mode pour faire passer un message d’amour triomphant et de franche gaieté avec ses Indes galantes. Le propos, chez Rameau, est clairement moins politique que chez Montesquieu. Mais le procédé est le même : sous les déguisements des protagonistes (Usbek et Rica chez Montesquieu et les personnages de l’opéra de Rameau), ce sont les auteurs qui parlent du présent et de leur pays. Le procédé, chez Montesquieu, est celui du « roman par lettres » déjà utilisé en 1684 par l’auteur italien Marana dans L’Espion turc. Des turqueries alors en vogue, Montesquieu garde l’aspect exotique et en profite pour délivrer, masqué, une réflexion philosophique sur la relativité des coutumes et la recherche d’un ordre universel guidé par la Raison ; les Lumières sont en passe d’éclairer le monde. Rameau eut moins d’ambition mais tout autant de succès que le Baron de Montesquieu. Car lui aussi aimait prendre le risque de déplaire aux puissants pour dire sa vérité. Cela précisé, Rameau prend surtout un malin plaisir à tout mélanger, comme si rien d’autre que rire n’avait d’importance : une fête provençale mêlée à une danse africaine se déroule en Turquie, des Péruviens dansent la gavotte et les Sauvages un menuet. Le projet présenté par Hugo Reyne a pour objectif de mettre en parallèle, en une soirée, ces Lettres persanes de Montesquieu et la musique de Rameau. Ainsi, quand le Premier Concert de Rameau commence par une pièce intitulée le Coulicam (transcription phonétique du nom Kouli Khan qui allait devenir roi de Perse en 1736), dans le texte de Montesquieu, Reyne retient la lettre où Rica, devant les encombrements parisiens, manifeste son étonnement et quand Montesquieu décrit les Persans (Lettre LXXXVIII), Hugo Reyne choisit d’y adjoindre la 3e Entrée des Indes galantes (La Fête persane).

Philip de la Croix

Programme détaillé

Rameau (1683 – 1764) : Les Indes Galantes (1735)
Montesquieu (1689 – 1755) : Les Lettres persanes

Ouverture
Air « Vous, qui d’Hébé suivez les lois » (Prologue)

Lettre XXIV, Rica à Ibben (Arrivée à Paris)

Premier et second airs pour les Persans (3e entrée)

Lettre XXVIII, Rica (à Usbek) (Description de la Comédie et de l’Opéra. Lettre d’une actrice)

Air « Papillon inconstant » (3e entrée)

Lettre XXX, Rica à Ibben (Curiosité des parisiens)

Les Fleurs, Fête Persane (3e entrée)
Tacmas, prince persan
Ali, favori de Tacmas
Zaïre, princesse de Circassie, esclave d’Ali
Fatime, géorgienne, esclave de Tacmas

Le théâtre représente les jardins du palais d’Ali.
Scène 1 : Tacmas, prince persan déguisé en marchande du sérail ; Ali, favori de Tacmas
Ritournelle – Récits – Air de Tacmas « L’objet à qui je rends les armes » – Récits
Scène 2 : Tacmas, en marchande du sérail ; Zaïre, avançant lentement sans le voir
Récit
Scène 3 : Zaïre, Tacmas caché
Air de Zaïre « Amour, quand du destin j’éprouve la rigueur » – Récits
Scène 4 : Zaïre, Tacmas
Récits – Duo « Doit-on aimer dans l’esclavage ? » – Récits
Scène 5 : Tacmas, Zaïre, Fatime en esclave polonais
Récits
Scène 6 : Fatime, Tacmas
Récit – Air de Fatime « Dans ces jardins l’Amour m’appelle » – Récits
Scène 7 : Fatime, Tacmas, Ali, Zaïre
Récits – Air de Zaïre « Deviez-vous vous méprendre » – Récits – Quatuor « Tendre Amour »

Tacmas : François-Nicolas Geslot
Ali : Bertrand Chuberre
Zaïre : Daphné Touchais
Fatime : Anne Magouët

(entracte)

Premier Concert (1741, version pour orchestre des pièces de clavecin)
La Coulicam – La Livri – Le Vésinet

Lettre LVIII, Rica à Rhédi
(Diversité des métiers de Paris)

Fête des fleurs (3e entrée)
>1er Air pour les fleurs
Air « L’éclat des roses les plus belles »

Ouverture de Zaïs (1748)
(Débrouillement du chaos et choc des éléments lorsqu’ils se sont séparés)

Lettre CV, Rhédi à Usbek
(Les sciences et les arts en occident)

Fête du Soleil (2e entrée)
Air « Soleil, on a détruit tes superbes asiles »
Adoration du Soleil
Rondeau « Clair flambeau du monde »